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Violence and sectarianism manufacturing in Media La fabrication de la violence et du sectarisme dans les médias Par René Naba

rene«La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat» Hanna Arendt.
La propagande est à la démocratie, Ce que la violence est à la dictature». Noam Chomsky
I- De la guerre sémantique
A- Le langage comme marqueur d’identité culturelle
La liberté d’information, un des fondements de la démocratie, existe, mais uniquement pour ceux qui en maitrisent les codes. La bataille de Syrie en apporte quotidiennement la preuve.
L’individu n’est pas un moulin à paroles. Les mots ont un sens et ne constituent pas une enfilade de paroles verbales. Les mots ne sont pas neutres, ni innocents. Les mots tuent parfois. Cela est encore plus vrai pour les Etats, particulièrement en période de guerre.
Guerre psychologique autant que guerre sémantique, la guerre médiatique vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur, en l’occurrence la puissance émettrice en lui imposant son propre vocabulaire, et, au-delà, sa propre conception du monde.
Dans ce contexte, le langage est un marqueur d’identité culturelle de la même manière que les empreintes digitales, le code génétique, les mesures anthropométriques sont des marqueurs biologiques et physiques.
L’accent, l’usage des termes, le ton révèlent l’identité culturelle de l’être. Sous une apparence trompeuse, des termes généraux, lisses et impersonnels, le langage est codifié et pacifié. Il devient alors un redoutable instrument de sélection et de discrimination.
Un Plan social renvoie à une réalité immatérielle contrairement au terme douloureux de licenciement massif. De même qu’ «externalisation et sous-traitance» à des opérateurs fonctionnant en dehors des normes de la législation sociale. «Délocalisation» masque une opération visant à optimiser le rendement en exploitant une main d’œuvre bon marché et surexploitée des pays pauvres et souvent dictatoriaux, sans la moindre protection sociale. «Privatisation», une opération qui consiste souvent à transférer à des capitalistes des entreprises du service public souvent renflouées par les deniers publics, c’est-à-dire les contribuables.
Même au niveau du discours politique le langage est aseptisé au point que l’ancien premier ministre socialiste Pierre Mauroy avait reproché au candidat socialiste aux présidentielles de 2002, Lionel Jospin, d’avoir gommé dans son discours le terme de «travailleurs».
Dans le langage convenu, l’on préfère le terme pudique de «Gens de condition modeste» à celui plus parlant de «pauvres» de même pour le tandem «Exclus et «exploités». Ou encore «Classes» (qui suggère idée de lutte) et couches sociales. Couches comme couches de peinture.
Le langage est connoté. A l’instar du Syllabus papal du XIX me siècle, qui prohibait l’usage de certains termes tels laicité ou séparation Eglise Etats, le seul licite à l’époque contemporaine est le LQR «Lingua Quintae Respublicae», le langage en vogue sous la Vme République Française, homologué, estampillé. En raison sans doute du rôle moteur de la France dans les «guerres de libération» du Monde arabe.
(Cf. A ce propos Eric Hazan: LQR : La propagande du quotidien (Raisons d’agir éditions)
Gare à quiconque recourt à un langage personnalisé, forgé dans un vocabulaire qui lui est propre. L’homme risque l’ostracisme, aussitôt mis à l’index, affublé d’une tare absolue, irrémédiable: «ringard», «tricard», etc.
La Langue substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion, ceux de la conformité et de la soumission. L’on prône la flexibilité au lieu de la précarité, dans un pays qui a érigé la rente de situation en un privilège à vie, notamment au sein de la haute fonction publique. Les Enarques ont une rente de situation à vie, mais quiconque ose relever cette incongruité est accusé de faire le lit du «populisme».
Il en est de même au niveau diplomatique: Problème du Moyen Orient ou Question d’Orient. Pour un problème, la réponse est unique, le problème ouvre la voie à des experts qui doivent techniquement apporter la solution. Mais la question d’Orient est plus floue. Une question suggère des réponses multiples, et induit l’absence de solution immédiate. Selon que vous utilisez un terme ou l’autre vous serez classé «moderne et dynamique» ou «ringard».
Un exemple «Le Figaro» du 28 Août 2004 titre en manchettes «L’aveu du président Bush», sans que le journal ne précise en quoi consistait cet aveu, à propos de quoi. Dix ans auparavant, tout autre journal complaisant aurait titré: «Le président Bush admet son échec dans ses prévision sur l’Irak».
Mais si par malheur un journaliste audacieux avait titré la stricte vérité « Bush, le grand perdant de la guerre d’Irak», il aurait été aussitôt accusé d’«anti-américanisme primaire». La «Novlangue» résulte de la présence de plus en plus manifeste de décideurs- économistes et publicitaires- dans le circuit de la communication, assurant une installation en douceur de la pensée néolibérale.
Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet est à long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal.
Dans la guerre des ondes règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tal Ar-Rabih» (La colline du printemps)? Près d’un siècle d’émissions successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle.
“Tal AR-Rabih” est désormais mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque, Tel Aviv, la grande métropole israélienne. Le travail de sape est permanent et le combat inégal. Il en est de même des expressions connotées.
L’extermination d’une population en raison de ses origines s’appelle en français «génocide».
Il en est ainsi du génocide arménien en Turquie, comme du génocide des Tutsis au Rwanda. Lui préférer l’expression hébraïque du terme biblique de «Shoah» (holocauste) signe son appartenance au camp pro-israélien. Israël n’a jamais reconnu le caractère de «génocide» aux massacres des Arméniens en Turquie au début du XX me siècle, sans doute pour marquer le caractère unique des persécutions dont les Juifs ont été victimes en Europe. D’abord en Russie, les «pogroms» de la fin du XIX me siècle, puis en Allemagne et en France durant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).
Il en est aussi des termes antisémitisme et antiracisme. Arabes et Juifs sont des sémites, mais l’antisémitisme ne concerne que les Juifs, pour se distinguer des autres, alors que l’antiracisme englobe Arabes, Noirs, Musulmans, Asiatiques etc..
Le Président Jacques Chirac, lui-même, en fustigeant «l’antisémitisme et le racisme» dans son discours d’adieu, le 27 mars 2006, a consacré dans l’ordre subliminal un racisme institutionnel.
Jusqu’à présent, les pays occidentaux en général, les Etats-Unis en particulier, auront exercé le monopole du récit médiatique, un monopole considérablement propice aux manipulations de l’esprit, qui sera toutefois brisé à deux reprises avec fracas avec des conséquences dommageables pour la politique occidentale:
-La première fois en Iran, en 1978-1979, lors de la «Révolution des cassettes» du nom de ces bandes enregistrées des sermons de l’Imam Ruhollah Khomeiny du temps de son exil en France et commercialisées depuis l’Allemagne pour soulever la population iranienne contre le Chah d’Iran,
-La deuxième fois à l’occasion de l’Irangate en 1986, le scandale des ventes d’armes américaines à l’Iran pour le financement de la subversion contre le Nicaragua, qui a éclaté au grand jour par suite d’une fuite dans un quotidien de Beyrouth «As-Shirah», mettant sérieusement à mal l’administration républicaine du président Ronald Reagan.
Hormis ces deux cas, les Etats-Unis auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec des puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique, noyant les auditeurs sous un flot d’informations, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de faire des auditeurs lecteurs de parfaits «analphabètes secondaires», pour reprendre l’expression de l’allemand Hans Magnus Einsenberger (2).
Non des illettrés, ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en phase de processus de «désorientation», psychologiquement conditionné et réorienté dans le sens souhaité.
Pur produit de la phase de l’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, «l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre. La perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles.
Une inversion radicale du schéma économique se produit et la loi de l’offre et de la demande se décline désormais selon un mode radicalement différent: la fabrication du désir de consommation détermine désormais l’activité d’une entreprise.
Ce n’est plus le consommateur qui commande le rythme de la production mais le producteur qui orchestre désormais le désir de consommation. Le contrôle de l’appareil de production parait compter désormais moins que la maîtrise de la demande de consommation.
Le citoyen actif cède ainsi le pas au consommateur passif, l’aventurier de l’esprit au téléphage, le journaliste à l’animateur de divertissement, le patron de presse au capitaliste, entraînant du coup le glissement du journalisme vers le règne de l’«infotainement» néologisme provenant de la contraction de l’information et de l’Entertainment (terme américain de divertissement).
La mondialisation des flux d’information permet ainsi la mise sous perfusion éditoriale d’un organe de presse et par voie de conséquence la sédentarisation professionnelle de l’information, stade ultime de l’analphabétisme secondaire. Toutefois ce viol du monde par la publicité et la propagande par la profusion des sons et des images, dans le paysage urbain, sur les écrans dans la presse, au sein même des foyers, se heurte à des résistances éparses mais fermes.
De même que le monopole du savoir par la technocratie est battu en brèche, sur le plan international, par des contre-pouvoirs notamment les acteurs paraétatiques (Greenpeace, Médecins sans frontières, Confédération paysanne), démultipliant les sources d’information non contrôlées, de même l’informatique a développé au niveau de l’information une sphère d’autonomie contestataire à l’ordre mondial américain. Chaque percée technologique s’est accompagnée d’une parade.
A la cassette du temps de la révolution khomeyniste a succédé le fax puis les sites Internet enfin le blog, le journal électronique en ligne, le tweet, dont le développement s’est accéléré depuis la guerre d’Irak et la dernière campagne présidentielle de George Bush jr (2004), des parades qui retentissent comme la marque d’une revanche de l’esprit contestataire et de la sphère de la liberté individuelle, en réaction au matraquage de la propagande et la concentration capitalistique des médias.
II – De la Syrie
Ce propos est explicatif. Il ne comporte pas justificatif. Au-delà d’un régime contestable, il importe de pérenniser la Syrie. La destruction d’un régime, si critiquable soit-il, ne justifie pas le démantèlement d’un pays, qui constitue un joyau de la civilisation, un foyer de la coexistence interconfessionnelle et du nationalisme militant.
Pour qu’une Syrie laïque et démocratique puisse voir le jour, il importe de clarifier les termes du débat, de démasquer les conspirateurs et de mettre un terme à l’enfumage médiatique qui brouille les enjeux.
Sur les enjeux de la bataille de Syrie Cf à ce propos
http://www.renenaba.com/la-bataille-de-syrie-et-la-capture-par-l%E2%80%99iran-d%E2%80%99un-drone-americain-sophistique/
D’affirmer haut et fort:
-Que le pouvoir syrien est une dictature hideuse, de même que les principaux bailleurs de fonds régionaux de l’opposition off-shore.
-Que la fin ne justifie pas les moyens. Qu’à ce titre, les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis.
-Qu’il est malsain de substituer une dictature par une autre dictature de surcroît propulsée par les forces obscurantistes, répressives et régressives.
Malsain de substituer une minorité autocratique par une majorité tyrannique éradicatrice. Cela vaut pour la Syrie comme pour Bahreïn, en schéma inversé. S’il est malsain que la minorité alaouite exerce son hégémonie sur la Syrie, il est tout aussi malsain que la minorité sunnite de Bahreïn exerce son emprise sur la majorité chiite de l’ile.
Malsain de justifier les dérives terroristes du combat au prétexte de combattre une minorité (les Alaouites en Syrie), tout en justifiant ces mêmes dérives d‘un pouvoir minoritaire sunnite combattant la majorité chiite au Bahreïn.

Si le danger d’un croissant chiite existe sur le Monde arabe, le danger est tout aussi important d‘un croissant salafiste sur les démocraties arabes.
Gardons-nous de tout manichéisme. Un chiite n‘est pas malfaisant du fait même de son appartenance chiite et un sunnite bienfaisant selon ce même principe. Le sunnite peut être mécréant s’il enfreint les prescriptions de sa religion, et le chiite croyant s’il respecte les siennes. Les guerres de religion sont d‘un autre âge et l’Europe en a lourdement payé le prix. Faisons en l’économie en tirant profit des expériences d’autrui.
C’est le patriotisme, l’attachement aux valeurs démocratiques, le souci du bien commun, qui doivent être déterminant et non l’appartenance religieuse.
Telles sont les règles de base du combat démocratique.
A ce titre toute opposition n’est pas légitime, dès lors qu’elle prend appui sur l’ancien pouvoir colonial équarisseur de son propre pays, à l’origine de ses plus grands malheurs; dès lors que cette opposition est le fait d’un mercenariat commandité par des puissances régionales et extra régionales en vue de faire office de contre révolution, et de contrefeux à leurs propres turpitudes.
C’est en Syrie (à Deir ez Zor) qu’a été édifié le mémorial du génocide arménien. C’est Damas qui abrite la Mosquée des Omeyyades et le siège des patriarcats des Eglises d‘orient, à l’exclusion de l’Eglise maronite. C’est la Syrie enfin qui a donné l’exemple du combat nationaliste avec la mémorable posture de Youssef al Azmeh, ministre de la défense, tué les armes à la main, face aux envahisseurs français, dans la bataille de Maysalloun, acte fondateur du nationalisme syrien contemporain. Une attitude dont elle paiera le prix par son démantèlement par les deux Co parrains de l’offensive la France et la Turquie.
Rappeler ces vérités n’implique pas caution du régime, mais répond à un devoir de vérité.
Sur la problématique de l’opposition syrienne, Cf. à ce propos
http://www.renenaba.com/la-controverse-a-propos-de-basma-kodmani/
http://www.renenaba.com/syrie-opposition-un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore/
http://www.renenaba.com/un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore-2/
A-La Dissension sociale ou «la théorie du combat des chiens»
Le Liban a été le banc d’essai de la théorie de la dissension sociale connue sur le plan journalistique par la «théorie du combat des chiens», mise en œuvre par l’universitaire américain Peter Galbraith, fils de l’économiste américain John Kenneth Galbraith et interface de l’ancien premier ministre pakistanais Benazir Bhutto pour le compte de la CIA.
La théorie vise à exacerber les antagonismes ethnico-religieux en vue d’imploser les pays constitués d’un tissu démographique pluraliste de mosaïque humaine. Ce plan a été ultérieurement appliqué en Bosnie, puis en Afghanistan et en Irak, enfin en Syrie.
Véritable expérimentation à grande échelle en 1975 au Liban, elle a longtemps été présentée par des Libanais en guise d’excuse absolutoire à leur turpitude comme étant «la guerre des autres» au Liban. Si tel a été le cas, elle l’aura été avec la complicité et l’avidité des Libanais.
Point n’était besoin d‘être stratège pour déduire que la chute de Saigon et de Phnom Penh, les 15 avril et 30 avril 1975, les deux bastions américains en Asie, coïncidant avec la révolution des œillets au Portugal et l’indépendance des colonies portugaises en Afrique, déviaient immanquablement le champ de la confrontation soviéto-américain vers le Moyen Orient, particulièrement son maillon faible, Le Liban.
Ce schéma s’applique à l’identique à la Syrie: Point n’est besoin d’être sorcier pour expliquer que la perte de l’Egypte et de la Tunisie, les deux piliers sud de l’Union Pour la Méditerranée, en superposition à la fermentation de Bahreïn et du Yémen, les deux balises sécuritaires de l’Arabie saoudite, allaient immanquablement dévier le flux révolutionnaire vers la Syrie, maillon intermédiaire de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo américaine.
Le décor était bien planté. Mais, il n’est pire aveugle que celui qui ne voir. Pire sourd que celui qui ne veut entendre. Juste retour des choses, ce sont désormais les Libanais s’emploient à participer à la déstabilisation de la Syrie, alors qu’auparavant c’étaient les Syriens qui soufflaient le feu au Liban.
B – La désinformation et la désorientation.
La surcharge d’information aboutit à la désinformation. Dès la décennie 1970, le Liban assurait l’édition et la distribution de près de trois mille publications toutes périodicités confondues, alors que cinquante stations radio opéraient dès le début de la guerre civile sur le champ de bataille médiatique libanais, tandis que, parallèlement, le reste du monde arabe était engourdi par le journalisme institutionnel des fonctionnaires poussifs d’organismes bureaucratiques.
La désorientation est propice aux rumeurs, à l’intoxication, et, faute d’éducation civique, à une perte de repères. L’une des rumeurs les plus célèbres de la guerre du Liban a été celle relative au débarquement de «Somaliens aux queues vertes» en renfort de la coalition palestino-progressiste. Rumeur qui a témoigné du désarroi des Chrétiens à l’époque, le printemps 1976, à la suite de la perte de leur place forte dans le secteur hôtelier de Beyrouth et de la volonté de leur tuteur de maintenir la mobilisation face au danger extérieur.
Le média au Liban, dans la majorité des cas, a cessé d’être un instrument de combat pour la démocratisation de la vie publique et sa moralisation, mais un générateur de recettes, un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui.
Cela vaut aussi pour les autres médias. Dans le cas de la Syrie, Aljazeeras’est particulièrement distinguée.
Il n’est que de songer au parcours d’Al Watan al Arabi, le chantre de l’Irak bassiste durant la guerre irako iranienne, hyper royaliste dès le début de la tempête du désert, en 1990 contre l’Irak, son propriétaire glanant au passage pour prix de son revirement la coquette somme de cinq millions de dollars agrémentés de d‘avantages matériels annexes, sonnantes, trébuchantes et consistantes.
Songer aux alliances rotatives du groupe An Nahar avec le milliardaire Michel el Murr, un des principaux bailleurs de fonds des milices chrétiennes, puis avec le général Michel Aoun, le dirigeant de la plus importante formation chrétienne qu’il désertera pour se donner, après une brève idylle pour cause d’impécuniosité au milliardaire libano saoudien Rafic Hariri, avant de se jeter dans le giron du Prince Walid Ben Talal, un deuxième milliardaire libano saoudien, son actuel actionnaire.
Le Liban a été ainsi le principal bailleur de fonds de sa guerre d’autodestruction, qu’il a financée en superposition aux transferts mercenaires de ses parrains régionaux. La Syrie aussi. Il est de privilèges qu’il est sain de décliner sans état d’âme.
C – le conditionnement de l’opinion: Le syndrome Ahmad Chalabi
Aljazeera s’est particulièrement distinguée dans le cas de la Syrie.
Réédition d’un scénario éculé, le dispositif en vigueur à l’encontre de la Syrie a été identique à celui mis en place à propos de l’Irak, justifiant une fois de plus le constat de Pierre Bourdieu sur «la circulation circulaire de l’information», tant au Qatar, à travers Al Jazira, qu’en France, via le quotidien Libération.
Ainsi Ahmad Ibrahim Hilal, responsable de l’information sur la chaîne transfrontière qatariote, a agi depuis les combats de Syrie, il y a un an, en couple et en boucle avec son propre frère Anas Al Abda, proche du courant islamiste syrien et membre du CNT, au diapason du tandem parisien formé par Basma Kodmani, porte-parole du CNT et sa sœur Hala Kodmani, animatrice du cellule oppositionnelle syrienne à Paris et chargée de la chronique Syrie au quotidien français Libération dans une fâcheuse confusion des genres.
Ce dispositif a été amplifié en France au niveau arabophone par Radio Orient, la radio du chef de l’opposition libanaise, Saad Hariri, qui plus est partie prenante du conflit de Syrie.
Du jamais vu dans les annales de la communication internationale qu’un chef de l’opposition d’un pays ami dispose d’une radio opérant depuis sa capitale contre le propre gouvernement du pays supposé allié de la France.
Un tel dispositif a frappé de caducité le discours médiatique occidental, au même titre que le discours officiel syrien, en ce qu’il est obéré par «le syndrome Ahmad Chalabi» du nom de ce transfuge irakien qui avait alimenté la presse américaine des informations fallacieuses sur l’arsenal irakien, via sa nièce journaliste en poste dans l’une des principautés du golfe, implosant la crédibilité de l’employeur de la journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, passée à la postérité comme étant «l’arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times dans la guerre d’Irak».
Pour une étude plus fouillée voir à ce propos
http://www.renenaba.com/al-jazeera-la-fin-dune-legende/
Le média perd ainsi sa fonction initiale de véhicule d’information, d’un vecteur propagateur de nouvelles pour devenir un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui.
Sous l’apparence de l’indépendance et du professionnalisme, Aljazeeraa épousé les oscillations de la diplomatie qatariote, d’abord enthousiaste à l’égard de l’élan populaire arabe, plus réservée lorsque les flammes de la contestation ont atteint les rivages pétro monarchiques.
De prescripteur de l’ordre médiatique arabe, Aljazeera s’est mû en lanceur d’alerte des menées contre révolutionnaire arabe.
Signe d’un désaveu, sa couverture parcellaire du soulèvement arabe provoquera une cascade de démission au sein de l’équipe rédactionnelle, dont plusieurs vedettes de la chaine, notamment Ghassane Ben Jeddo, l’ancien directeur du bureau de Beyrouth de la chaine qatariote.
Le conditionnement de l’opinion
Outre Aljazeera et la chaine transfrontière saoudienne «Alarabya», les deux co-producteurs de la dramaturgie de l’épopée de la bataille de Bab Amro (Homs) qui se devrait d’être «Le Stalingrad» e la bataille de Syrie, en février 202, deux autres vecteurs ont joué un rôle majeur dans le conditionnement de l’opinion arabe et occidentale, la firme Quantum et MCC. Emanation régionale depuis Doubaï de la firme publicitaire américaine de dimension internationale, Saatchi and Saatchi, Quantum passe pour avoir été le Maître d’œuvre de la révolution colorée au Liban et des mots d’ordre sur le «désordre créateur» dans les autres pays arabes, alors que MCC du libanais pro haririen Jinah Hammoud, assumait depuis l’Anatolie, la fonction de producteur de documentaires prêts à la diffusion au sein des grands médias de consensus.
Mention spéciale doit être réservée dans ce domaine à l’ancien journal de référence de la presse française, le journal Le Monde, dont l’un des plus gros pourvoyeurs d’information sur la Syrie, n’est autre qu’un ancien diplomate français en poste à Damas, Boris Glassman, dont le pseudonyme, Ignace Leverrier, d’une grande limpidité, se fait par double référence à son patronyme et, sans doute, au fondateur de la congrégation des pères jésuites, réputée pour son sens de la dissimulation.
D- Combattre le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe.
La bataille de Syrie n’est pas un combat de la démocratie contre une dictature, mais une combat biaisé de dictatures policées de vernis occidental contre une dictature basique tant il est vrai que «la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature» (Noam Chomsky).
La bataille de la démocratie en Syrie se gagnera par les patriotes Syriens, dans la clarté, et non par de mercenaires dévoyés, dans la dissimulation. Sinon la bataille ne se gagnera pas et la Syrie se perdra tant il est vrai que «La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat» (Hanna Arendt)
Le triomphe d’une Syrie laïque et démocratique suppose de combattre à la fois le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe,
Un discours disjonctif qui module les principes universels en fonction des intérêts immédiats des Occidentaux, qui consiste à combattre, par exemple, les Islamistes au Mali et à les soutenir en Syrie,
Une confusion mentale arabe, qui consiste à s’allier, par exemple, avec ses propres bourreaux pour un gain immédiat au risque d’accentuer sa propre servitude et compromettre son avenir.
Telles sont les règles de base du combat démocratique.
Telle a été l’ambition que j’ai nourrie dans ma démonstration.
————
Référence
1-René Naba, écrivain et journaliste, spécialiste du monde arabo-musulman, est le premier journaliste d’origine arabe à exercer des responsabilités au sein d’une entreprise de presse de dimension internationale dans l’espace francophone. Correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France Presse à Beyrouth (1969 à 1979), il a notamment couvert la guerre civile jordano-palestinienne, le « septembre noir » de 1970, la nationalisation des installations pétrolières d’Irak et de Libye (1972) ainsi que la guerre du Liban (1975-1990), la 3ème guerre israélo-arabe d’octobre 1973. De 1979 à 1989, responsable du monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, chargé de l’information (1989-1995).
Animateur du blog http://www.renenaba.com il est notamment l’auteur des ouvrages suivants:
-Media et démocratie: la captation de l’imaginaire, un enjeu du XXIe siècle, Golias, automne 2012
-Erhal, dégage, la France face aux rebelles arabes, Golias, automne 2011
• Les révolutions arabes ou la malédiction de Camp David, Bachari, mai 2011
• Libye : Kadhafi, portrait total, Golias, printemps 2011
• Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres, Harmattan, 2011
• Du Bougnoule au Sauvageon, voyage dans l’imaginaire français, Harmattan, 2002
• Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen, Harmattan, 1998
2- «Analphabètes secondaires», l’expression est de l’allemand Hans Magnus Eisenberger, auteur de «Médiocrité et Folie» Editions Gallimard 1991. Cf. à ce propos «Aux ordres du Nord, l’ordre de l’information» de Jacques Decornoy, dans le bimestriel du journal Le Monde « Manière de voir » N° 74 « Les 50 ans qui ont changé notre monde».

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